Du principe de l'art/333

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Du principe de l'art/332 Du principe de l'art/334

[original French]

salon: je ne m'explique pas qu'elle amuse et fasse plaisir. Ce sont des leçons qu'on répète, et je ne suis pas professeur. Autant j'aime le Stabat à l'église, dans les soirées de carême, le Dies irœ à une messe de mort, un oratorio dans une cathédrale, un air de chasse dans les bois, une marche militaire à la promenade, autant tout ce qui est hors de sa place me déplaît. Le concert est la mort de la musique.

Lorsque, par hasard, à une grande cérémonie ou solennité publique, il y a de la musique, elle est sans rapport avec l'objet de la réunion. A une distribution de prix on jouera l'ouverture de la Dame blanche; à une érection de statue, une symphonie de Beethoven ; à un comice agricole, un air de la Favorite; dans une assemblée d'actionnaires, rien du tout.

Le Corps législatif se réunit : pas de musique, si ce n'est pour escorter l'empereur, lorsqu'il vient lire son message. On a fait ce qu'on a pu pour bannir l'éloquence, qui semble désormais comique et de mauvais goût ; on parle de sa place, de la façon la plus commune, la plus bourgeoise, comme chez nos voisins les Anglais.

Jadis, en se mettant à table, on récitait le Benedicite, et, après le repas, les Grâces; c'était de la civilité, de l'art autant que de la dévotion. En entrant à l'école; on invoquait l'Esprit-Saint. Dans les cours de la Sorbonne et du Collége de France on ne dit plus rien :

[English translation]

chamber music: I can't understand that it is amusing and pleasant. These are lessons that are repeated, and I am not a professor. Just as I love the Stabat at church on the evenings of Lent, the Dies Irae in a funeral mass, an oratorio in a cathedral, a hunting tune in the woods, a military march for the promenade, so I dislike that which is out of place. The concert is the death of music.

When, by chance, there is music at a large public ceremony or solemnity, it is unrelated to the purpose of the meeting. At the awarding of a prize, the overture to La Dame Blanche is played; at the erection of a statue, a Beethoven symphony; at an agricultural fair, an aria from La Favorite; at a meeting of shareholders, nothing at all.

The Legislature meets: there is no music, except to escort the Emperor, when he comes to read his address. We have done what we could to banish eloquence, which now seems comical and in bad taste; one speaks from one's place, in the most common, the most bourgeois manner, as do our English neighbors.

Formerly, when sitting at the table, we recited the Benedicite, and after the meal, the Graces; this was a matter of civility, of art as much as devotion. On entering the school, we invoked the Holy Ghost. Before classes at the Sorbonne and the College de France, we no longer say anything: