De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome VI/11

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome VI/10 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome VI/12

[original French]

rentrer la famille des langues sémitiques dans celle des indo-germaniques, ou pour mieux dire de les dériver l'une et l'autre d'une langue encore plus ancienne, que de rapporter le latin et le grec au sanscrit. Dès l'instant qu'on admet ce que l'on appelle filiation des langues, il est impossible d'assigner aucune limite à la généalogie. Mais qu'entend-on ici par filiation? Là est le problème. Malgré tout ce qui se publie journellement, et dont nous prenons, autant qu'il est en nous, diligente connaissance, nous avouons n'avoir jamais pu nous faire une idée claire d'un semblable engendrement. Nous ne concevons pas comment une première langue en aurait produit deux ou plusieurs autres, chacune de celles-ci encore d'autres; nous allons même jusqu'à penser que cette filiation prétendue est une contradiction. Sans doute nous comprenons très bien comment deux idiomes différents venant à se mêler, s'altérant mutuellement, produisent par leur promiscuité un jargon, pareil au latin du Malade imaginaire, mais qui, avec le temps, deviendra une langue fort respectacle. Mais ce mélange n'a rien du tout de génétique ; il suppose deux ou même plusieurs idiomes antérieurs, ce qui va directement contre la thèse. Nous croyons, en un mot, que les langues, bien loin de se multiplier d'âge en âge, comme on le raconte des fils de Noé, tendent au contraire à se réduire ; que la cause incessante de cette réduction est la constitution des États, laquelle entraîne l'élection de langues officielles, en sorte que la plus grande multiplicité des idiomes doit être placée à l'origine des sociétés, l'unité, si jamais elle existe, à la fin.

[English translation]

to fit the family of the Semitic languages into that of the Indo-Germanic languages, or rather to derive one or the other from a more ancient language, than to relate Latin and Greek to Sanskrit. The moment we admit that called filiation of languages, it is impossible to assign any limit to genealogy. But what is meant here by descent? Therein lies the problem. Despite everything that is published daily, and we take as much as we can, diligent attention, we confess we never have a clear idea of such a begetting. We do not see how a first language would have produced two or more others, each of these still others, we even think that this relationship is called a contradiction. Without doubt, we understand how two different languages coming to mingle, altering one another, to produce, by their promiscuity, a jargon, like the Latin of the The Imaginary Invalid,<ref>Play by Molière.</ref> but, over time, become a very respectable language. But this mix is nothing genetic, it requires two or even several languages earlier, which goes directly against the argument. We believe, in short, that the languages, far from multiplying from age to age, as we are told of Noah's sons, tend instead to be reduced and that the cause of the constant reduction is the constitution of States, which leads to the election of official languages, so that the greatest multiplicity of languages must be located at the origin of society, the greatest unity, if it ever existed, at the end.

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