De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/345

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/344 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome III/346

[original French]

J'accorde que le plus beau des deux sexes soit la femme : d'où lui vient cette supériorité, bien que sa personne contienne assurément moins de choses que celle de l'homme? C'est que chez l'homme, destiné surtout à la pensée et à l'action, la nature, tout occupée de la puissance, a négligé l'idéal. L'essence virile, plus riche d'éléments, l'emporterait encore pour la beauté, si la mission de l'homme n'était de travailler plutôt que de briller, si par conséquent la nature, qui ne fait rien d'inutile et que n'émeut pas l'idéal, n'avait laissé l'avantage de la beauté au sexe le plus faible comme le signe même de sa faiblesse.

Si la beauté croît dans l'être avec le développement des organes et la multiplication des rapports, sera-ce forcer l'induction que d'affirmer, en conséquence de ce principe, que le sentiment du beau et le talent qui sert à l'exprimer croissent en même temps et par les mêmes causes, non- seulement dans l'individu, mais aussi dans l'espèce?

Je crois trouver une preuve de ce que j'avance dans le progrès contemporain de la musique.

D'où vient que, tandis que la poésie, l'éloquence, la statuaire, atteignirent un si haut degré de perfection chez les Grecs et les Romains, la musique semble être restée dans une sorte d'enfance, et qu'elle n'a véritablement pris son essor que de nos jours, comme évoquée du néant par la multitude de la science?

Je n'ai pas la moindre teinture de l'art musical, et n'en puis parler que sur des impressions tout à fait particulières, que je livre ici pour ce qu'elles valent. La musique agit peu sur mes sens ; le plus souvent elle m'ennuie. Mais il m'est arrivé d'en entendre de belle ; l'émotion, très vive alors, m'est venue tout entière par le cerveau. Ce que la statuaire est aux yeux, la musique, selon moi, l'est à l'entendement. Platon donnait des ailes aux idées : j'ai cru, en écoutant les chefs-d'œuvre de notre scène lyrique, que j'entendais chanter les miennes. Il me semblait assister à une conversation divine, que j'aurais presque pu traduire en ma prose grossière. Dis qu'elle me devient inintelligible, la musique m'importune; à mon sens, elle ne vaut rien. Suis-je un barbare qui prend les sautillements de ses nert'spour une révélation de l'art? Je n'en sais rien ; mais je crois fermement que ce qui se passe en moi est l'analogue

[English translation]

I grant that the more beautiful of the two sexes is the woman: from whence does this superiority come to her, although her person contains undoubtedly fewer things than that of the man? It is because in man, who is especially destined for thought and action, his nature, preoccupied with power, has neglected the ideal. The virile essence, richer in elements, would garner him still more beauty, if man's mission were not to work rather than to shine, so that consequently nature, who makes nothing useless and who is unmoved by the ideal, had not left the advantage of beauty to the weaker sex as the very sign of her weakness.

If the beauty grows in being it with the development of the bodies and the multiplication of the relations, will this be to force induction to affirm, consequently this principle, that the feeling of beautiful and the talent which is used for expressing it grow at the same time and by the same causes, not only in the individual, but also in the species?

I believe I find a proof of what I advance in the contemporary progress of music. From whence comes it to be that, while poetry, eloquence, and statuary reached such a high degree of perfection among the Greeks and Romans, music seems to have remained in a kind of childhood for them, and that it only gained its true height in our times, as if it had been educed from nothingness by the plenitude of science?

I do not have the least tincture of the musical art, and about of then to speak only on completely particular impressions, which I deliver here for what they are worth. The music acts little on my senses; generally it annoys me. But it sometimes happened to me to hear the beautiful; the emotion, very sharp then, came to me very whole by the brain. What the statuary is to the eyes, music, in my opinion, is to the understanding. Plato gave wings to ideas: I believed, when listening to the masterpieces of our lyric scene, that I intended to sing mine! It seemed me to attend a divine conversation, which I could almost have translated into my coarse prose. As soon as it becomes to me inintelligible, the music importunes me; with my direction, it is not worth anything. Am I a barbarian who takes the scintillations of his nerves for a revelation of art? I know nothing of this; but I firmly believe that what occurs in me is the analogue