De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/23

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/22 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/24

[original French]

Bran, serviteur, comme tout le monde, de la raison pratique et empirique, il faut bien que la philosophie s'humanise, et, à peine de n'être jamais rien, qu'elle se fasse démocratique et sociale. Or, qu'y a-t-il de plus utilitaire que la démocratie?

La religion, qui certes était d'une bien autre naissance que la philosophie, ne le prenait pas de si haut avec notre pauvre humanité. Elle se faisait toute à tous ; elle nous était donnée, par grâce d'en haut, pour nous relever du péché et de la misère, nous apprendre nos devoirs et no? droits, nous donner une règle de conduite pour la vie, nous éclairer sur notre origine et notre destinée, et nous préparer une félicité éternelle. La religion répondait, à S£ manière, sur toutes les questions que pouvaient lui adresser nos consciences et nos coeurs. Elle nous donnait des règles pour la conduite de nos intérêts; elle ne dédaignait même pas de s'expliquer avec nous sur les commencements dvi monde, le principe des choses, l'époque de la création, l'âge du genre humain, etc. EUe ne laissait en dehors de son enseignement, elle ne livrait ù nos disputes, que les choses dont la connaissance n'était pas d'une utilité immédiate à notre perfectionnement moral et à notre salut éternel.

La philosophie fera-t-elle moins que la religion? C'est elle-même qui a pris soin de démolir ces vénérables croyances : n'aurait-elle eu d'autre mission que d'opérer en nous le vide?

Poser ainsi la question, c'est y répondre. Non, la philosophie ne peut pas se réduire à une kaléidoscopie de l'esprit sans application pratique ; sa destination est de nous servir, et si la critique qu'elle s'est permise de la relig'ion est juste, le service qui lui incombe auprès de nous, à la place de la religion, est déterminé d'avance par cette critique même. Au dogme antique la philosophie doit substituer une doctrine nouvelle, avec cette seule différence que le premier .était de foi et s'imposait d'autorité, tandis que la seconde doit être de science, et s'imposer par démonstration.

Sous l'empire de la religion, l'homme trouvait tout simple de s'en rapporter à la parole de Dieu; fort de cette garantie, il se reposait en pleine sécurité. Maintenant que,

[English translation]

sense, the servant, like everyone, of practical and empirical reason, it is very necessary for philosophy to humanize itself, and that it should be democratic and social, or else never be anything. Now, what is more utilitarian than democracy?

Religion, which certainly had a very different birth than democracy, ne le prenait from so high with our poor humanity. It has made itself all things to all people; it has been given to us, by grace from on high, to raise us from sin and misery, to teach us our duties and our rights, to give us a rule of conduct, to enlighten us on our origin and our destiny, and to prepare for us an eternal happiness. Religion responded, in its way, on all the questions that consciences and our hearts could address to it. It gave us rules for the conduct of our interests; it did not even disdain to explicate for us the beginnings of the world, the principle of things, the epoch of creation, the age of the human race, etc. It only left outside its teaching, and did not deliver to our arguments, the things of which the knowledge was not of an immediate usefulness to our moral perfection and to our eternal salvation.

Will philosophy do less than religion? It has taken it upon itself to destroy these venerable beliefs: could it have had in us any other mission than to fill the void?

To pose the question in this way is to answer it. No, philosophy cannot be reduced to a kaleidoscope of the mind in its practical application; its purpose is to serve us, and if the critique of religion that it allows is fair, the service that falls to it close to us, in the place of religion, is determined in advance by that very critique. To the old dogma philosophy must substitute a new doctrine, with the only difference the first was of faith and was imposed by authority, while the second must be of science, and impose itself by demonstration.

Under the empire of religion, man found everything simple by relating it to the word of God; on the strength of that guarantee, it rested in full security. Now that,