De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/103

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De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/102 De la Justice dans la Révolution et dans l'Église/Tome I/104

[original French]

une illumination soudaine, il pouvait d'un coup d'œil embrasser le travail philosophico-politico-théologique de quarante siècles, ce qu'éprouverait sa conscience, ce que conclurait sa raison, je puis le dire. J'ai eu le rare avantage, si c'en est un, de naître peuple, d'apprendre ce qui a fait le peuple tel qu'il est aujourd'hui, et de rester peuple. Si mes idées ne sont pas neuves, elle sentent du moins leur terroir.

M. Granier de Cassagnac a écrit quelque part : II faut supprimer le Socialisme... D'autres se flattent de l'avoir écrasé...

Pour moi, le dernier venu et le plus maltraité de ce grand mouvement qu'à tort ou à raison l'on a nommé Socialisme, et qui n'est que le développement de la Révolution, je ne demande la suppression ni l'écrasement de personne. Que la discussion soit libre, et que mes adversaires se défendent : c'est tout ce que je veux. Je fais la guerre à de vieilles idées, non à de vieux hommes.

Je pensais, en 1848, qu'après tant de catastrophes, toutes ces formules de l'antique antagonisme dont Aristote et Machiavel n'avaient pas été dupes, monarchie, aristocratie, démocratie, bourgeoisie, prolétariat, etc., ne devaient plus avoir qu'une valeur de transition ; que la constitution du pouvoir importait peu, pourvu qu'il passât vite, après avoir créé l'ordre économique ; que dans l'esprit de la nouvelle France la politique devait s'éclipser comme le culte et faire place à la Justice, et qu'accorder la même importance qu'autrefois à la raison théologique et à la raison d'Etat, c'était mentir à la Révolution et rétrograder.

Dans les jours d'agitation, j'ai soutenu cette thèse avec énergie, rendant critique pour critique, sarcasme pour sarcasme. Je n'ai pas fait pis que Voltaire, dont tant de gens, qui se taisaient alors, répètent aujourd'hui tout bas le cri de guerre.

Maintenant la période de démolition est finie. Le pays sait qu'il ne croit plus à rien : 1848 aura du moins eu ce mérite de l'en faire apercevoir. Sommes-nous de taille, hommes de la Révolution, à le faire croire à quelque chose? J'ose l'espérer. Après cinq ans de silence, si je reprends la plume, ce n'est certes pas pour guerroyer contre

[English translation]

a sudden illumination, it could in an instant encompass the philosophico-politico-theological work of forty centuries, what its conscience would feel, what its reason would conclude, I can say. I had the rare advantage, if it is one, of being born among the people, of learning what made the people such as it is today, and of remaining part of the people (73). If my ideas are not new, they at least smell of their soil.

M. Granier de Cassagnac wrote somewhere: Socialism must be suppressed … Others flatter themselves that they have crushed it…

For me, the last come and most mistreated of this great movement that is wrongly or rightly called Socialism, and which is nothing but the development of the Revolution, I do not ask for the suppression nor the crushing of anybody. Let discussion be free, and let my adversaries be protected: that is all I want. I make war on old ideas, not on old men.

I thought, in 1848, that after so much of catastrophes, all these formulas of the antique antagonism whose Aristotle and Machiavelli had not been easily deceived, monarchy, aristocracy, democracy, bourgeoisie, proletariat, etc, were not to have but one value of transition any more; that the constitution of power mattered little, provided that it passed quickly, after having created the economic order; that in the spirit of new France politics was to be eclipsed like worship and to make place for Justice, and that to attach the same importance as formerly to theological reason and reason of State was to lie to the Revolution and to retrogress.

In the days of agitation, I supported this thesis with energy, making critique for critique, sarcasm for sarcasm. I do not done worse than Voltaire, of which so many people, who keep silent themselves then, repeat today low the war cry.

Today, the period of demolition is finished. The country knows that it no longer believes in anything: 1848 will at least have had this merit of opening its eyes. Are we men of the Revolution able to make it believe in something? I dare to hope for it. After five years of silence, if I take up the pen once again, it is certainly not to make war against