Création de l'ordre dans l'humanité/82

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Création de l'ordre dans l'humanité/81 Création de l'ordre dans l'humanité/83

[original French]

Les autres protestent contre cette intempérance de généralisation, et craignent que l'intervention des sciences dans la philosophie n'ait pour résultat final de lui enlever la spécialité, sans laquelle une science, ne se distinguant pas des autres, est comme si elle n'était pas. M. Jouffroy, dans sa classification posthume des sciences philosophiques, a même cherché à déterminer cette spécialité : selon lui, la philosophie est la connaissance du moi, de sec.facultés, de ses rapports avec l'Univers et Dieu : elle se divise naturellement en psychologie, logique et morale.

149. Au chapitre suivant, nous ferons voir, contre les partisans de la première opinion, que l'idée d'une science universelle est, comme la quadrature du cercle et la transmutation des métaux, une chimère irréalisable, presque une contradiction dans les termes. Quant aux autres, sans revenir sur ce que nous avons précédemment démontré, savoir : que la logique n'est point une méthode, mais une hallucination ; que la morale n'est point une science, mais un spicilége; que la psychologie est toute dans l'histoire, la biographie, et même la zoologie : nous prouverons que l'invention de la méthode universelle aura pour effet immédiat de diviser ce qui reste du domaine philosophique, et de ses fragments séparés de constituer autant de sciences spéciales et régulières.

150. Résumons.

De même que la Religion, la Philosophie est tout, et n'est rien.

Première forme de la pensée, première hypothèse offerte au travail de l'entendement, lien d'amour entre l'homme et Dieu, la Religion a été bonne, et toujours on se rappellera avec complaisance cet âge poétique du cœur et de la raison. Comme système ou doctrine révélée d'en haut, aspirant à soumettre l'esprit par l'obéissance, et bravant le contrôle de la science, la Religion est mauvaise, et doit être au plus lôt abolie.

La Philosophie, essor de l'intelligence vers la certitude, révolte de la conscience contre le joug religieux, cri de liberté, la Philosophie a été bonne : mais, source de sophisme, principe de doute et d'opiniâtreté, de contradiction et d'orgueil, aujourd'hui instrument de despotisme pour quelques charlatans, la Philosophie est détestable : guerre à la Philosophie !

La Religion est la nourrice de l'homme ; la Philosophie, comme une enchanteresse, le ravit sur ses pas, le conduit au temple de la vérité, et ne l'abandonne que sur le seuil. C'est pourquoi les noms de Religion et de Philosophie ne périront pas : la période du sentiment se renouvelant sans cesse pour chacun de nous, et la marche déductive s'offrant toujours la première pour les choses

[English translation]

Others protest against this intemperance of generalization, and fear that the intervention of science in philosophy has to end result to remove the specification, without which a science is not distinguished from others, is as if it ' was not. M. Jouffroy, in its classification of posthumous Philosophical Sciences, has even sought to establish this specialty in his view, philosophy is knowledge of self, sec.facultés, its relationship with the universe and God: it divides naturally in psychology, logic and morality.

149. In the following chapter, we shall see, contrary to the supporters of the former view, that the idea of a universal science, like the squaring of the circle and the transmutation of metals, represents an unattainable dream, almost a contradiction in terms. As for the rest, without repeating what we have already demonstrated - namely that logic is not a method but a hallucination, that morals is not a science, but a miscellany; that psychology is entirely contained in history, biography, and even zoology - we shall prove that the invention of universal method has the immediate effect of dividing what remains of the matter of philosophy, and that its separate fragments constitute specific and regular sciences.

150. Let us summarize.

Just like religion, philosophy is everything and nothing.

As the first form of thought, the first working hypothesis offered by the understanding, the bond of love between man and God, religion has been good, and one shall always remember kindly that poetic age of the heart and reason. As a system or doctrines revealed from on high, aspiring to subject the spirit by obedience, and facing the control of science, Religion is bad, and must be abolished as soon as possible.

Philosophy, as the rise of the intelligence towards certainty, the revolt of conscience against the religious yoke, the cry for freedom, has been good: however, as a source of sophistry, a principle of doubt and obstinacy, contradiction and pride, and, today, an instrument of despotism for some charlatans, Philosophy is detestable: let us declare war on Philosophy!

Religion is the nurse of mankind; philosophy, like an enchanter, charms it on its path, conducts it to the temple of truth, and only abandons it on the threshold. This is why the names of Religion and Philosophy shall not perish: the period of sentiment being continually renewed for each of us, and the deductive path always being the first to lead the way to the