Correspondance de P-J Proudhon/07/243

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Paris, 17 mai 18S7.

A M. EUGÈNE BAILLET

Ceux qui m'accusent de ne pas aimer la poésie croient sans doute avoir quelque intéret à le dire; ils supposent que si je n'étais dévoué corps et âme à la critique sociale, je pourrais bien m'exercer à la critique littéraire, et, comme sur ce terrain je ne rencontrerais guère d'opposition que celle des écrivains passés par l'étamine, ils se demandent avec quelque inquiétude ce qu'il adviendrait d'eux et de certaines célébrités que le public commence à trouver passablement surfaites !

Non, monsieur, je ne suis point un athée littéraire, et je pourrais, si je croyais que la chose en valût la peine, fournir des preuves nombreuses de ma dévotion. Ce qui est vrai, c'est que, relativement aux œuvres que notre époque admire, je suis quelque peu hérétique, voire même iconoclaste. Mes études en cette matière m'ont conduit à des conclusions qui ne s'accommodent point avec le goût du jour; peut-être en dirai-je quelque chose à l'occasion.

J'ai lu quelques-unes de vos gentilles chansons, et pour vous en dire tout de suite mon sentiment, je trouve qu'il en est de vous comme de la plupart de vos con-