Confessions d'un révolutionnaire/03

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[original French]

l'athéisme comme du suicide : il n'a été embrassé que par le Irès- petit nombre. Le Peuple l'a toujours eu en horreur. !

Les choses étaient ainsi. L'Humanité semblait placée éternellement entre une question insoluble et une négation impossible, lorsque, sur la fin du dernier siècle, un philosophe, Kant, aussi remarquable par sa profonde piété, que par l'incomparable puissance de sa réflexion, s'avisa d'attaquer le problème théologiquo d'une façon toute nouvelle.

Il ne se demanda plus, comme tout le monde avait fait avant lui : Qu'est-ce que Dieu? et quelle est la vraie religion? D'une question de fait il fit une question de forme, et il se dit : D'où vient que je crois en Dieu? Comment, en vertu de quoi se produit dans mon esprit cette idée? Quel en est le point de départ et le développement? Quelles sont ses transformations, et, au besoin, sa décroissance? Comment, enfin, est-ce que, dans l'âme religieuse, les choses, les idées, se passent?

Tel fut le plan d'études que se proposa, sur Dieu et la Religion, le philosophe de Kœnigsberg. Renonçant à poursuivre davantage le contenu, ou la réalité de l'idée de Dieu, il se mit à faire, si j'ose ainsi dire, la biographie de cette idée. Au lieu de prendre, comme un anachorète, pour objet de ses méditations, l'être de Dieu, il analysa la foi en Dieu, telle que la lui offrait une période religieuse de six mille ans. En un mot, il considéra dans la religion, non plus une révélation externe et surnaturelle de l'Être infini, mais un phénomène de notre entendement.

Dès ce moment le charme fut rompu : le mystère de la religion fut révélé à la philosophie. Ce que nous cherchons et que nous voyons en Dieu, comme parlait Malebranche, ce n'est point cet être, ou pour parler plus juste, cette entité chimérique, que notre imagination agrandit sans cesse, et qui, par cela même qu'elle doit être tout d'après la notion que s'en fait notre esprit, ne peut dans la réalité être rien : c'est notre propre idéal, l'essence pure de l'Humanité.

Ce que le théologien poursuit, à son insu, dans le dogme qu'il enseigne, ce ne sont pas les mystères de l'infini : ce sont les lois de notre spontanéité collective et individuelle. L'âme humaine ne s'aperçoit point d'abord par la contemplation réfléchie de son moi, ainsi que l'entendent les psychologues; elle s'aperçoit hors d'elle

[English translation]

atheism as it is with suicide: it has only been embraced by the smallest number. The People have always had a horror of it!

Things were thus. Humanity seemed eternally placed between an insoluble question and an impossible negation, when, at the end of the last century, a philosophr, Kant, as remarkable for his profound piety, as for the incomparable power of his reflection, realized how to attack the theological problem in an entirely new manner.

He no longer asked himself, as everyone had before him: What is God? and what is the true religion? From a question of fact he made a question of form, and he said to himself: Why does it happen that I believe in God? How, by virtue of what is that idea produced in my mind? What is its point of departure and its development? What are its transformations, and, if need be, its decline? How, finally, is it that, in the religious soul, the things, the ideas, come to be?

Such was the course of studies proposed, on God and Religion, by the philosopher of Kœnigsberg. Renouncing further pursuit of the content, or the reality of the idea of God, he set himself to writing, if I dare put it in this way, the biography of that idea. Instead of taking, like an anchorite, the idea of God for the object of his meditations, he analyzed the faith in God, as a religious period of six thousand years presented it to him. In short, he considered in religion, not an external and supernatural revelation of the infinite Being, but a phenomenon of our understanding.

From this moment the spell was broken: the mystery of religion was revealed to philosophy. What we seek and what we see in God, as Malebranche said, is not at all that being, or to speak more fairly, that chimerical entity, that our imagination constantly enlarges, and that, par cela même qu'elle doit être tout d'après la notion que s'en fait notre esprit, ne peut dans la réalité être rien : it is our own ideal, the pure essence of Humanity.

What the theologian pursues, without knowing it, in the dogma that he teaches, is not the mysteries of the infinite: it is the laws of our collective and individual spontaneity. The human soul does not perceive itself at first by reflective contemplation on itself, as the psychologist believe; it perceives itself outside